Formée à

l'Institut des Sciences de la Famille

et titulaire de

l'attestation de qualification au

conseil conjugal et familial

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« Qui pourrait m'aimer, puisque je ne m'aime pas moi-même ? »

24/10/2017

En 2007-2008, alors que je n'étais pas encore conseillère conjugale et familiale, j'ai vécu pendant un an dans la ville de Pattaya, en Thaïlande. Cette ville est un lieu de séjour pour les touristes étrangers (Occidentaux, Coréens, Japonais, etc.) intéressés par la prostitution.

 

Les femmes thaïlandaises qui se prostituent à Pattaya le font le plus souvent sous la pression de leur famille.

 

Beaucoup de femmes étaient « assise au bord de la plage », expression similaire à « faire le trottoir » en France. J'allais régulièrement leur rendre visite et discuter avec elles.

 

Ying* avait environ 35 ans, des cicatrices sur le visage, et elle était systématiquement saoule. Elle n'avait pas vu ses enfants depuis longtemps. La première fois où je l'ai rencontrée, elle m'a dit : « Qui pourrait m'aimer, puisque je ne m'aime pas moi-même ? » Une telle parole de désespoir est dure à entendre. Parce qu'elle ne s'aimait pas, elle en déduisait qu'elle n'était pas aimable. En réalité, c'est parce qu'elle n'avais jamais été aimée qu'elle ne s'aimait pas.

 

Il n'y a pas qu'en Thaïlande que les personnes n'ayant pas été aimées pensent ne pas être dignes d'amour.

 

Souvent, les enfants abandonnés à la naissance pensent que quelque chose de mauvais en eux a provoqué l'abandon. Même, si en grandissant, ils comprennent que cela ne peut pas être dû à une tare du bébé qu'ils étaient, certains gardent au fond d'eux cette peur d'être abandonnés à cause de ce qu'ils sont.

 

Les personnes ayant subi une trahison traumatisante, qui ont été utilisées, dont les parents ont manifesté une déception vis-à-vis d'eux (au sujet de leur sexe, de leurs résultats scolaire, de leur façon d'être), celles qui ont souffert de harcèlement scolaire, etc., risquent de porter ce sentiment de culpabilité.

 

Or, la violence ou le rejet de la part des proches ne sont pas provoqués par une tare que porterait un enfant ou un jeune. Le refus d'aimer son enfant a son origine dans la psychologie du parent, dans les blessures qu'il porte lui-même, la souffrance, la révolte, la maladie. Le rejet d'un enfant par ses camarades de classe ne vient pas non plus d'une insuffisance de l'enfant. Généralement, cet enfant était plus vulnérable que les autres, et cela a conduit l'agressivité du groupe à se focaliser sur lui.

 

Cette certitude qu'il n'y a rien à aimer en soi apparaît généralement dans l'enfance, mais peut aussi être provoquée plus tard, par des trahisons amoureuses par exemple. Cette conception de soi-même va provoquer une transformation de la personne, qui trouvera de plus en plus de preuves qu'elle n'est pas aimable : repliement sur soi, agressivité, échecs, négligence dans l'habillement, la façon de se tenir, et parfois alcoolisme, drogue, violence, soumission à la violence...

 

Il n'y a pas d'être humain qui ne vienne au monde avec des richesses infinies. Mais celui qui n'a jamais été aimé a un handicap de taille pour pouvoir mettre ces richesses en valeur. Certains lui disent : « Deviens aimable et nous t'aimerons », mais c'est comme si l'on disait à une fleur rabougrie : « Deviens superbe et nous t'arroserons » !

 

En l'an 2000, alors que je vivais à Bangkok, j'allais régulièrement rendre visite à des malades du sida dans un dispensaire. À l'époque ceux-ci ne bénéficiaient pas encore des traitement actuels, et tous mourraient.

 

Dans ce dispensaire, j'ai fait connaissance avec Bin*, un petit garçon d'environ 7 ans, qui était déjà très malade. Ce petit garçon était très agressif, et souvent m'insultait. Mais j'avais d'autant plus envie de venir le voir. Parfois il me demandait de le prendre dans mes bras. 

 

Puis Bin s'est mis à refuser de se nourrir. Il restait constamment assis ou allongé sur son lit. Je m'asseyais à côté de lui, il m'insultait, mais mon instinct me disait qu'il voulait que je reste.

 

Un jour, l'une des employées du centre a dit qu'il était impossible d'aimer Bin, et elle a pris les autres enfants à témoin : « N'est-ce pas qu'il est impossible d'aimer Bin ? ». Les autres enfants étaient d'accord, bien sûr. Je pense que cette employée désirait bien faire et aider Bin à changer.

Mais j'ai pris le risque de contredire l'employée (en Thaïlande, c'est vraiment insultant de contredire quelqu'un ouvertement). J'ai dit : « Si, Bin est aimable, et moi je l'aime. » Après que j'aie dit ces mots, Bin est devenu très silencieux. Au bout d'un long moment, il m'a dit : « Gratte-moi. », car il était couvert d’eczéma. En Thaïlande les gens ont très peur des contacts physiques avec des malades du sida. Je l'ai donc gratté, le plus délicatement possible, pendant deux heures. Alors, Bin m'a dit : « Je te demande pardon, grande sœur ! ». Et il a cessé d'être désagréable avec moi jusqu'à la fin de se courte vie.

 

Si vous vous dites : « Je ne suis pas beau/belle, je suis inutile et j'ai raté ma vie. », il n'est jamais trop tard pour changer de cap et commencer à avancer. Le premier pas pour devenir plus beau/belle, c'est de croire ce que j'ai écrit ici : ce n'est pas en vous qu'il y a quelque chose de mauvais. Vous pouvez devenir beau/belle et être aimé(e).

 

Si vous faites le pari de croire en ce que vous êtes, en ce que vous portez, vous devez chercher à rencontrer des personnes qui croient en votre dignité : des associations soutenant les personnes ayant le type de problème que vous avez, un groupe de parole où rencontrer des personnes qui puissent vous comprendre, un psychothérapeute, à qui vous pourrez confier toutes vos blessures les plus profondes, un conseiller conjugal et familial, qui sera là pour vous écouter, faire le point sur votre vie, discerner avec vous les pas à faire pour avancer.

 

Vous pouvez aussi trouver de l'aide sur internet : il existe des groupes de soutien pour personnes en souffrance. Attention cependant, car ce genre de groupes ou de forums exposent au risque de s'entraîner les uns les autres dans la révolte et l'amertume, au lien de s'entraider à croire en la vie et en soi-même. Et cela ne remplace jamais une rencontre en face à face, où la personne vous accueille tel(le) que vous êtes et non tel(le) que vous vous laissez percevoir à travers un écran.

 

*Les prénoms ont été modifiés pour respecter l'anonymat des personnes mentionnées.

 

 

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Catherine Cantenot,

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